Nous sommes heureux de vous accueillir sur le site Internet de l'École de rhétorique. Le but de cette école est de démocratiser un art qui a été et est encore réservé à l'élite. La rhétorique a souvent eu mauvaise presse au cours des derniers siècles. Néanmoins, son retour semble avoir été entamé depuis quelques décennies dans différentes universités et de nombreux centres de recherche à travers le monde. Une école virtuelle destinée à son enseignement pour tout un chacun ne peut que favoriser son retour dans toutes les strates de l'éducation privée et publique. C'est précisément ce que prône l'École de rhétorique et sa mission est de rendre accessible cet enseignement.

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R?*

Mais qu'est-ce que la Rhétorique?

* Selon le dictionnaire Larousse, « c'est l'ensemble des procédés et techniques réglant l'art de s'exprimer ». Cet art existe depuis environ 2500 ans et est méconnu parce qu'il a disparu dans sa forme originelle de l'enseignement secondaire et supérieur il y a quelques siècles. Cependant, cet art n'en demeure pas moins un formidable outil pour quiconque désire mieux s'exprimer, écouter et lire, analyser et comprendre, construire et déconstruire des discours.

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Pierre de La Ramée

La renaissance de l'enseignement de la Rhétorique à l'école

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Dans un numéro de la revue l'Inconvénient paru récemment et intitulé La menace des humanités (n. 18, août 2004), certains auteurs, dont Georges Leroux, souhaitent que la formation générale, à l'école et au Cégep, soit repensée en fonction de l'universalité démocratique et dans la perspective du pluralisme culturel qui caractérise de plus en plus notre société.

Selon le professeur Leroux, une telle formation devrait favoriser un humanisme démocratique qui nous rassemble malgré tout, au-delà des différences. La question est : comment bâtir un lieu commun qui nous permette de vivre ensemble, en évitant d'un côté l'intolérance, de l'autre le pur relativisme? Pour que l'enseignement des humanités produise véritablement un enracinement politique et non seulement le développement individuel, pour que cette formation puisse s'exprimer dans des débats et des réflexions publics, un art nous semble pertinent : la rhétorique.

Nous entendons, par rhétorique, l'art de persuader et de convaincre, l'art de la délibération et de la discussion, ainsi que le concevait Aristote, et non ce que l'on entend trop souvent sous ce nom : verbalisme, poncifs, clichés, l'usage d'artifice.

Une objection de taille contre la rhétorique est qu'elle a trop souvent permis l'emprise d'une élite sur la société. C'est ce qui explique la réaction du rapport Parent qui jugea que l'enseignement de la rhétorique ne convenait plus à une société ouverte, fondée sur l'égalité des chances. La libéralisation de l'éducation, objectif fort louable et qui a réussi dans une certaine mesure, passait donc par sa suppression. On fit son procès et la rhétorique tua la rhétorique. Or celle-ci ne se réduit pas à une simple habileté logique qui donne un pouvoir sur les autres et elle peut s'enseigner à tous. Vers 1960, plusieurs universitaires, tel Chaïm Perelman, lui ont redonné ses lettres de noblesse, en réaction aux propagandes totalitaires du nazisme et du stalinisme. La réussite de Perelman a été de mettre en évidence les règles de la persuasion qui gouvernent le rapport avec un auditoire quelconque, qu'il soit composé d'une ou de plusieurs personnes.

Notre monde quotidien ne comporte pas de certitudes scientifiques, la vérité est rarement évidente, et cependant il nous faut sans cesse prendre des décisions, ce qui ne signifie pas irrationalité ou chaos. Le domaine de la rhétorique, c'est l'espace qui est laissé à la créativité humaine.

Elle peut être cela parce qu'en démocratie, avec le développement des assemblées de toutes sortes, qui naissent dès que des humains désirent prendre des décisions en commun, les vieilles règles s'appliquent : il faut savoir comment convaincre et conduire une argumentation, dans un contexte où il n'est pas possible d'utiliser une démonstration de type logico-mathématique. Que l'on pense par exemple à l'Institut du Nouveau Monde, créé par Michel Venne, dont l'un des objectifs est d'élaborer des méthodes de délibération et de participation civique pour les jeunes, lors d'activités comme l'Université du Nouveau Monde ou les forums de discussions sur Internet. En outre, les médias véhiculent sans cesse de nouvelles informations, une multitude d'opinions qui réclament une prise de position, des questions de société qui demandent réflexion avant d'opter pour la solution que l'on estime la meilleure. Toutefois devant un tel foisonnement d'informations, souvent contradictoires, devant la puissance des médias, il s'ensuit que souvent ce n'est pas nous qui changeons d'opinions, mais les opinions qui se transforment en nous, sans même que nous en prenions conscience. Or, la rhétorique est un art éprouvé qui consiste en la formation d'esprits critiques et avertis. Elle apprend aussi à se défier des fausses logiques, ce qui est tout simplement apprendre à penser.

C'est avec l'apparition du concept d'espace public, sous-jacent à l'apparition de la communication de masse en particulier et de la communication en général, que la rhétorique a également été revalorisée. Dans un ouvrage récent (J. L. Lucaites, C. M. Condit, S. Caudill, Contemporary Rhetorical Theory : A Reader. Guilford Press, 1999), un groupe de chercheurs, étudiant les théories contemporaines sur la rhétorique, concluent que le contexte communicationnel dans lequel nous vivons favorise son retour dans l'espace public. Mais cela implique que l'enseignement de la rhétorique réintègre le cursus éducationnel de nos sociétés, en l'occurrence de la société québécoise, en vue d'un enseignement, non pas élitiste, mais universel.

Bien sûr, comme tout art humain, elle peut être utilisée de manière immorale. Cependant, argumenter est à la base du commerce humain. Puisque l'on n'échappe pas à persuader sauf par la violence, apprenons à bien persuader. À l'école, pourrait s'y intégrer une dimension éthique. Il n'est pas si facile d'affronter par soi-même l'épreuve du dialogue et de la réfutation. Mais cela peut se faire à condition que ceux qui y participent soient égaux. Si on ne peut plus contester les arguments de l'autre parce qu'il s'arroge un rôle exorbitant, alors le dialogue n'est plus possible. Il ne reste plus qu'idéologie et langue de bois. La liberté est au c½ur de ce type de rhétorique, il appartient à chacun de créer ce climat de liberté et de s'ouvrir aux objections possibles des autres. Apprendre ensemble à persuader, c'est-à-dire à s'entendre sur des règles à observer, sur les fautes à ne pas commettre, sur les moyens à ne pas employer sous peine d'être disqualifié, comme une sorte de jeu. Le jeu civilisé du dialogue qui a une fonction médiatique entre la fonction persuasive et les valeurs humaines de respect d'autrui, de liberté de pensée, d'indépendance du jugement et de tolérance. Qui cherche à convaincre renonce à la violence et à l'autoritarisme, puisque les divergences sont inévitables. Les moyens utilisés par la rhétorique sont aussi d'ordre affectif, raison et sentiment étant inséparables. Car pour persuader, il faut être capable de comprendre l'autre, ses sentiments, ses émotions, sinon la persuasion reste sans effet. Elle peut de ce fait participer à la construction d'une communauté.

La rhétorique est avant tout un art de penser, de découvrir des idées, de rechercher ensemble des solutions. C'est pourquoi se pose la question de l'intégration de cette formation dans le cadre des programmes scolaires. L'histoire, les lettres, la philosophie et d'autres matières sont des champs où elle pourrait s'inscrire. Ce pourrait être une occasion de faire sauter le cloisonnement des savoirs qui favorise un cloisonnement des esprits et de développer l'intelligence des relations. La pédagogie elle-même pourrait en être transformée. Car une formation à la rhétorique serait stérile si elle n'était étroitement associée à la transmission d'une culture qui permette à chacun de se façonner une formation générale. Au cours des siècles, elle s'est toujours appuyée sur la construction d'une mémoire, au sens d'une intégration intelligente de ces propositions sur le monde et sur l'existence que fournissent la littérature, la philosophie ou l'histoire, une mémoire créatrice qui est une condition préalable à toute pensée inventive. Bref, il ne s'agit pas de béatifier la rhétorique mais de rendre compte de l'avantage que peut retirer une société démocratique à enseigner, à tous les niveaux de son système d'éducation, cet art de faire valoir la parole, toute parole qui vient du coeur de nos semblables.

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Documents de référence

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Quintilien
Qu'est-ce que la rhétorique - Rhétorique, Aristote, 1355 b 26 à 1359 a 1
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L'argumentation - Introduction à la rhétorique, O. Reboul, p. 99-108
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Les sophismes - Introduction à la rhétorique, O. Reboul, p. 108-109
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Les figures - Introduction à la rhétorique, O. Reboul, p. 121-122
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L'ordre des arguments dans le discours - L'empire rhétorique, C. Perelman p. 181-1871
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Les cadres de l'argumentation - Traité de l'argumentation, C. Perelman p. 17-22
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L'orateur et son auditoire - Traité de l'argumentation, C. Perelman p. 22-25
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Brève analyse rhétorique - Éloge d'Hélène, Gorgias
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Plans de cours

César Chesneau Dumarsais
Introduction à la rhétorique

On suppose que le mot rhétorique, qui vient du grec « rhêtorikê », apparu chez Platon (427-347 av. J.-C.) entre 387 et 385 av. J.-C. pour décrire, dans son dialogue Gorgias (448 d 9), l'art de persuader que pratiquaient les sophistes. Au départ, c'est un terme qui signifie « parole politique ». Cette expression platonicien est composé par le suffixe -ikê (« l'art de ») ou -ikos qui renvoie, dépendamment du contexte, à la compétence particulière d'une personne, et du préfixe rhêtor-, qui, lui, signifie parler et qui, « au départ, [est] simplement [...] le citoyen qui prend la parole en public, nullement un orateur [ou rhéteur] de profession ou un théoricien de l'éloquence ». La rhétorique est en fait l'art du discours, de la persuasion. Le cours fera l'histoire de la rhétorique et l'étude de ses théories et s'articulera en plusieurs parties. Il portera sur la rhétorique ancienne, soit sur le développement de l'art rhétorique chez les Grecs et les Latins. Nous verrons comment la rhétorique s'est constitué puis nous étudierons l'éloquence latine, qui atteint son apogée avec Cicéron (De Oratore) et avec Quintilien (De l'Institution oratoire), dont les discours et les traités ont longtemps été considérés comme les grands modèles de rhétorique dans l'enseignement. Dans un autre temps, nous examinerons les transformations et les développements qu'a connus la rhétorique, depuis sa redécouverte à la Renaissance jusqu'à nos jours. Nous pourrons ainsi dégager son influence sur la pensée moderne et contemporaine ainsi que l'utilité d'apprendre à argumenter.

Plan du cours

  • Cours 1 - Introduction et présentation / Les débuts de la rhétorique : la naissance judiciaire / le corax : argument du vraisemblable (l'eikos).
  • Cours 2 - Les premiers rhéteurs et leurs successeurs
  • Cours 3 - Aristote : la rhétorique est la faculté de considérer pour chaque question ce qui est propre à persuader.
  • Cours 4 - L'invention / L'inventaire
  • Cours 5 - La disposition / Exorde / Narration / Confirmation / Digression / Péroraison.
  • Cours 6 - L'élocution / La langue et le style.
  • Cours 7 - Les trois genres de discours rhétorique
  • Cours 8 - Les trois types d'arguments
  • Cours 9 - Les preuves extra-rhétoriques et intra-rhétoriques
  • Cours 10 - Les types de figures / Les figures de mots / Les figures de sens / Les figures de mots / Les figures de construction / Les figures de pensée.
  • Cours 11 - Les types d'arguments, c'est-à-dire de figures rhétoriques, qui visent la persuasion.
  • Cours 12 - Les lieux communs /retour sur les concepts classiques importants
  • Cours 13 - De la Renaissance à aujourd'hui
  • Cours 14 - C. Perelman et la Nouvelle rhétorique : la rhétorique contemporaine

Ouvrages obligatoires

  • Reboul, O., Introduction à la rhétorique, PUF, Paris, 1991.
  • Recueils de textes

Lectures suggérées

  • Aristote, Rhétorique, trad. par Chiron, Paris, Flammarion, 2007.
  • Buffon, Bertrand. La parole persuasive. Paris, PUF, 2002.
  • Cicéron, De l?orateur, trad. par Courbaud, Paris, « Les Belles Lettres », 1985.
  • Danblon, Emmanuelle. Argumenter en démocratie, Paris, Éditions Labor, 2004.
  • DECLERCQ, Gilles, L'Art d'argumenter, Structures rhétoriques et littéraires, Paris, Éd. universitaires, 1992.
  • Perelman, Chaïm et Olbrechts-Tyteca, Lucie, Traité de l'argumentation, Bruxelles, Université de Bruxelles, 2000.
  • Breton, Philippe et Gauthier, Gilles, Histoire des théories de l'argumentation, Paris, La Découverte, 2000.
  • Quintilien, Institution oratoire, trad. par Coussin, Paris, « Les Belles Lettres », 1976.
Cours - Introduction à la Nouvelle rhétorique

À venir

Cours - Introduction à l'argumentation juridique

À venir

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Alexandre Motulsky-Falardeau, M. A.
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